Créer une entreprise dans le canton de Vaud ne consiste pas uniquement à remplir des formulaires. Le fondateur doit choisir une forme juridique, vérifier son nom, rédiger un but cohérent, organiser le capital, définir les pouvoirs et préparer l’activité qui commencera après l’inscription. Chaque décision produit des conséquences juridiques, fiscales, sociales et administratives.

Ce guide sert de point d’entrée au cocon consacré à la création de société. Il présente le parcours complet, puis renvoie vers des explications détaillées sur la forme juridique, la raison sociale, le but, les statuts, la Sàrl et la SA. L’objectif est de prendre les décisions dans le bon ordre et d’éviter les modifications coûteuses peu après la constitution.

Clarifier le projet avant de choisir une structure

Commencez par décrire l’activité, les clients, les risques, le financement et les personnes impliquées. Une activité de conseil exercée seul ne pose pas les mêmes questions qu’un commerce avec bail, stock et salariés. Indiquez également si l’entreprise doit accueillir un associé, un investisseur ou un repreneur. Ces éléments influencent la responsabilité, le capital, la gouvernance et la manière de transmettre l’activité.

Préparez un budget couvrant au moins les douze premiers mois. Séparez les frais de constitution, qui sont consommés, du capital social, qui reste à disposition de la société après son inscription. Ajoutez le besoin de trésorerie avant les premiers encaissements. Cette préparation permet de choisir une structure soutenable et d’éviter qu’une société correctement constituée commence son activité avec trop peu de liquidités.

Choisir entre entreprise individuelle, Sàrl et SA

Les trois formes les plus fréquentes pour les PME sont l’entreprise individuelle, la Sàrl et la SA. L’entreprise individuelle privilégie la simplicité, mais l’entrepreneur répond personnellement des engagements. La Sàrl crée une personne morale avec un capital minimum de 20’000 CHF. La SA prévoit un capital-actions de 100’000 CHF et une gouvernance qui distingue plus nettement l’actionnariat du conseil d’administration.

Le Portail PME du SECO recommande d’examiner le capital, le risque, l’indépendance, les impôts et la sécurité sociale. Il n’existe donc pas un seuil unique qui transformerait automatiquement une activité en société. Comparez plusieurs scénarios de bénéfice, les besoins privés, les investissements et la volonté d’accueillir d’autres personnes. La forme doit accompagner le projet pendant plusieurs années, pas uniquement optimiser le premier exercice.

Inscrire le projet dans l’écosystème lausannois et vaudois

Le choix d’un siège à Lausanne, dans l’Ouest lausannois ou ailleurs dans le canton ne se résume pas à une adresse. Il influence la commune fiscale, l’organisation quotidienne, les besoins de locaux et parfois les autorisations liées à l’activité. Un commerce ou un établissement ouvert au public doit notamment vérifier les démarches communales en plus de la constitution de la société.

Le canton dispose aussi d’un réseau d’accompagnement réunissant la Promotion économique vaudoise et des partenaires régionaux. Ces relais peuvent compléter le travail de la fiduciaire sur le financement, l’implantation ou l’innovation. La constitution reste toutefois le bon moment pour fixer une comptabilité, une gouvernance et une trésorerie adaptées au projet réel.

Pour approfondir : Créer une société – Promotion économique vaudoise.

Trouver une raison sociale disponible et défendable

Le nom doit être facile à comprendre, à écrire et à utiliser dans les échanges commerciaux. Une Sàrl ou une SA dispose d’une liberté relativement large, mais la forme juridique doit figurer dans la raison sociale. L’entreprise individuelle doit en principe contenir le nom de famille du titulaire. Dans tous les cas, le nom doit être conforme à la vérité, ne pas induire en erreur et ne pas léser l’intérêt public.

La recherche commence dans Zefix, l’index central des raisons de commerce. Elle se poursuit avec les marques, les noms de domaine et les usages visibles sur le marché. L’Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle rappelle qu’une raison de commerce inscrite n’est pas automatiquement protégée comme marque. Une vérification plus large réduit le risque de devoir abandonner un nom après avoir imprimé des supports ou développé une réputation.

Rédiger un but social précis sans bloquer l’avenir

Le but explique l’activité de la future société. Il doit permettre au Registre du commerce, aux partenaires et aux autorités de comprendre ce que l’entreprise réalise concrètement. Des expressions comme « tous services » ou « toutes opérations commerciales » sont trop générales lorsqu’elles ne sont pas reliées à un domaine. À l’inverse, une liste limitée à un produit précis peut devenir obsolète dès que l’offre évolue.

Décrivez d’abord l’activité principale avec des verbes concrets : développer, conseiller, exploiter, commercialiser ou gérer. Ajoutez ensuite les activités complémentaires réellement plausibles. Les clauses sur les succursales, participations ou opérations immobilières ne doivent pas remplacer la description opérationnelle. Le modèle de statuts de l’Office fédéral du registre du commerce indique qu’un but correspond à une description courte et précise du secteur d’activité.

Fixer le siège, l’adresse et la représentation

Le siège statutaire correspond à une commune. L’adresse permet de joindre la société et doit être valable au moment de l’inscription. Une domiciliation chez un tiers demande une organisation claire du courrier et, selon la situation, une déclaration appropriée. Le choix du siège influence l’autorité du Registre du commerce, la fiscalité communale et certaines démarches administratives.

La société doit pouvoir être représentée en Suisse conformément aux exigences applicables à sa forme. Définissez les personnes inscrites et leurs pouvoirs : signature individuelle ou collective à deux. Une signature collective renforce le contrôle, mais peut gêner une très petite structure si les deux personnes ne sont pas disponibles. Les pouvoirs bancaires et les validations internes doivent ensuite correspondre à cette gouvernance.

Organiser les fondateurs, le capital et les droits

Dans une Sàrl, les associés, leurs parts et la gérance sont inscrits publiquement. Dans une SA, les actionnaires ne figurent pas au Registre du commerce en cette qualité, mais la société tient son registre des actions. La répartition du capital doit refléter les apports et les accords entre les personnes. Elle ne devrait pas être décidée uniquement pour obtenir des pourcentages ronds.

Lorsque plusieurs personnes fondent ensemble, discutez du travail attendu, des financements futurs, des décisions réservées, des transferts et des situations de départ. Les statuts posent le cadre social ; un pacte traite plus finement les relations économiques et les scénarios de conflit. Faites valider le pacte par un professionnel du droit, surtout lorsque des droits particuliers, une propriété intellectuelle ou des investisseurs sont concernés.

Préparer des statuts adaptés à la société

Les statuts contiennent les éléments exigés par la loi, notamment la raison sociale, le siège, le but et le capital. Ils peuvent aussi organiser certaines règles de gouvernance, de transfert ou de décision. Une clause ajoutée par habitude peut créer une contrainte inutile. À l’inverse, des statuts trop standards peuvent ignorer un besoin essentiel du projet.

Pour une Sàrl ou une SA, la constitution et certaines modifications statutaires passent par un acte authentique. Relisez les statuts comme un document opérationnel : qui décide, comment les convocations sont-elles faites, quelles restrictions s’appliquent et que se passe-t-il lors d’un changement ? Le Code des obligations constitue la référence légale, tandis que le notaire adapte les actes à la situation.

Déposer le capital et coordonner le notaire

Pour une Sàrl, le capital minimum de 20’000 CHF doit être entièrement libéré. Pour une SA, le capital-actions minimum est de 100’000 CHF ; au moins 20 % doivent être libérés, avec un minimum de 50’000 CHF. La banque ouvre un compte de consignation et remet une confirmation lorsque le versement est effectué. Des apports en nature demandent des pièces et contrôles supplémentaires.

Le notaire prépare ou authentifie l’acte de fondation, les statuts et les déclarations. Les fondateurs doivent fournir les identités exactes, les adresses, les pouvoirs et les informations sur le capital. Une vérification commune avant le rendez-vous réduit les corrections. Le Portail PME propose une checklist de création de SA qui illustre la coordination nécessaire entre banque, notaire, organes et Registre du commerce.

Déposer un dossier complet au Registre du commerce

La société acquiert sa personnalité juridique lors de son inscription. Le dossier comprend la réquisition, les actes authentiques, les acceptations et les pièces nécessaires à la situation. L’Office cantonal contrôle la conformité et peut demander une correction. Une raison sociale problématique, un but imprécis ou une signature manquante retardent le traitement.

Le Registre du commerce vaudois publie ses prestations, modèles et informations pratiques. Il précise également qu’un nom ne peut pas être réservé et propose, contre émolument, un examen préalable de son admissibilité. N’engagez pas un lancement irréversible sur une date supposée. Prévoyez une marge pour la banque, le notaire, l’autorité et la remise de l’extrait.

Mettre en place comptabilité, TVA et assurances

Après l’inscription, la banque libère le capital sur le compte opérationnel. La société finalise ses factures, ses contrats et son classement. Une comptabilité régulière doit être organisée dès la première dépense. Le plan comptable, les accès bancaires, la transmission des pièces et le calendrier de clôture sont définis avec la fiduciaire.

L’entreprise analyse ensuite la TVA selon son activité et son chiffre d’affaires. Si elle emploie le dirigeant ou d’autres collaborateurs, elle organise les affiliations et assurances avant la première paie. Le portail EasyGov permet d’effectuer ou de préparer plusieurs démarches administratives, mais il ne remplace pas les décisions sur la structure ni l’analyse des situations particulières.

Construire un calendrier des cent premiers jours

Le premier mois sert à finaliser la banque, la facturation, la comptabilité, les contrats et les assurances. Les responsabilités internes sont écrites. Le deuxième mois permet de contrôler les premiers encaissements, la marge et le volume soumis à la TVA. Le troisième mois doit produire une situation simple comparée au budget initial.

Planifiez également les décisions de gouvernance : pouvoirs, règlement des frais, conventions avec les associés et calendrier annuel. Les dépenses privées ne doivent pas transiter librement par la société. Chaque prêt, apport ou remboursement reçoit une pièce et une justification. Une organisation précoce coûte moins cher qu’une remise en ordre au moment du premier bouclement.

Éviter les erreurs qui imposent une modification rapide

Les erreurs classiques sont une forme choisie uniquement pour l’image, un nom vérifié trop superficiellement, un but copié sans rapport avec l’activité et une répartition du capital non discutée. S’ajoutent les pouvoirs de signature impraticables, l’absence de pacte et un budget qui confond capital et liquidité disponible.

Une modification de la raison sociale, du siège, du but ou d’autres éléments statutaires peut nécessiter une décision formelle, un notaire et une nouvelle inscription. Prenez donc le temps de simuler l’activité réelle. Demandez-vous si les contrats, factures, associés et dirigeants pourront fonctionner avec les choix écrits. Une constitution efficace n’est pas seulement rapide : elle évite de recommencer quelques mois plus tard.

Préparer les contrats signés avant l’inscription

Une future société doit parfois réserver un local, commander du matériel ou conclure avec un client avant d’exister juridiquement. Les documents doivent indiquer qu’elle est en formation et identifier les personnes qui s’engagent. Les fondateurs restent exposés tant que la société n’a pas repris valablement les engagements après son inscription. Établissez un inventaire des contrats, acomptes, abonnements et dépenses engagés pendant cette période.

Après l’inscription, vérifiez la reprise, la facturation et le remboursement éventuel des fondateurs. Les pièces doivent être établies au bon nom et conservées pour la comptabilité et la TVA. N’utilisez pas une société en formation comme simple formule sur des documents sans comprendre les responsabilités. Si un contrat est important, faites confirmer sa rédaction par un professionnel du droit.

Choisir les bons professionnels pour la constitution

La fiduciaire coordonne les données financières, le choix de structure, la comptabilité et les obligations après la création. Le notaire authentifie les actes. Le juriste intervient sur les pactes, contrats et situations particulières. La banque ouvre le compte de consignation. Identifiez clairement le rôle de chacun afin d’éviter des conseils contradictoires ou des tâches oubliées.

Demandez un périmètre et un prix avant de commencer. Une constitution standard peut être traitée efficacement, tandis qu’un apport en nature, un investisseur étranger, une activité réglementée ou des droits particuliers exigent une analyse supplémentaire. Le bon accompagnement ne cherche pas à compliquer le projet : il sépare rapidement ce qui est standard de ce qui mérite une validation approfondie.

Références officielles

Choisir une forme juridique – Portail PMERegistre du commerce – État de VaudCode des obligations – Fedlex